Théodore GÉRICAULT. LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À PIERRE-JOSEPH DEDREUX-DORCY. Genève, [4 octobre 1816]. 2 pages et demie in-8, adresse. Belle et rare lettre à son ami intime, signée de son nom complet, ce qui est encore plus rare. Elle est écrite durant le voyage du jeune peintre vers Rome, où il avait décidé de se rendre à ses frais après son échec au Prix de Rome en 1816. Dedreux-Dorcy, le destinataire de cette lettre, était également élève de Pierre-Narcisse Guérin. Géricault mourut dans ses bras le 26 janvier 1824. « Genève Avez-vous aussi mal dormi que moi mon cher ami, non sans doute, mais aussi vous n’êtes point à Genève, c’est un avantage que j’ai sur vous, j’ai vu des montagnes magnifiques, des cascades, de belles forêts de sapins. Genève est bien agréablement située, la vue du lac est charmante, mais tout cela ne vaut pas le plaisir de voir ses amis [et je] ne [me] console pas d’être séparé d’eux. [Votre] bonne amitié, mon cher Dorcy, m’est précieuse, trouvez bon que je me rappelle à vous et que je cherche à l’entretenir. Je vous traiterai charitablement, vous n’aimeriez pas les longues lettres, aussi n’est-ce qu’un seul mot pour vous souhaiter un bonjour, pour contenter aussi mon cœur qui avait pris la douce habitude de vous voir tous les jours et qui se trouve bien privé. L’espoir de vous voir bientôt me rejoindre me fait patienter un peu et m’empêche de jeter les hauts cris, ne point voir est une véritable privation que je désire que vous éprouviez de même. Vous m’avez donné de bons témoignages, soyez bien sûr que j’y suis bien sensible et que je ne les oublierai pas. Je voudrais vous en remercier, mais cela ne se fait pas. On ne peut pas dire, je vous remercie de m’aimer, ce serait gauche ; mais on peut en être touché et bien pénétré, et ce sont les sentiments de votre ami. Théodore Géricault Embrassez pour moi tous ceux qui se disent mes amis et tâchez de les consoler s’ils éprouvent quelque peine. Je suis si heureux qu’on m’aime que je voudrais pouvoir tout faire pour que l’on m’aimât encore davantage. Paulin Guérin m’a témoigné de l’intérêt et […] m’aime bien sincèrement ce sont ceux que je vous prie de voir particulièrement. Si vous voyez aussi Mr Guérin il me serait agréable d’être rappelé par vous à son souvenir. Je ne profiterai de la [libéralité ?] qu’il m’a accordée de lui écrire que lorsque j’aurai mis le pied sur la terre sacrée, ce serait abuser de sa bonté que de l’entretenir de la Bourgogne, de la Suisse et de ma santé. Ce sont des sujets qu’on traite entre amis sans cérémonies, je veux avec mon maître parler plus noblement, lui parler des Romains et non de moi, et lui présenter enfin un style et des récits qui soient dignes de l’intéresser, le cœur d’un ami est moins délicat que l’esprit d’un maître. Pardon si je vous traite si cavalièrement. » Adresse : « Monsieur / Monsieur Dorcy Dedreux / rue Taitbout n° 9 / à Paris ». Très habile restauration d’un trou (bris de cachet) qui affectait quelques lettres, mais pas la signature.
Reference : LRB_56
Le Livre de jade
M. Jonathan Chiche
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Théodore GÉRICAULT (1791-1824). LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À PIERRE-JOSEPH DEDREUX-DORCY. Genève, [4 octobre 1816]. 2 pages et demie in-8, adresse. Belle et rare lettre à son ami intime, signée de son nom complet, ce qui est encore plus rare. Elle est écrite durant le voyage du jeune peintre vers Rome, où il avait décidé de se rendre à ses frais après son échec au Prix de Rome en 1816. Dedreux-Dorcy, le destinataire de cette lettre, était également élève de Pierre-Narcisse Guérin. Géricault mourut dans ses bras le 26 janvier 1824. « Genève Avez-vous aussi mal dormi que moi mon cher ami, non sans doute, mais aussi vous n’êtes point à Genève, c’est un avantage que j’ai sur vous, j’ai vu des montagnes magnifiques, des cascades, de belles forêts de sapins. Genève est bien agréablement située, la vue du lac est charmante, mais tout cela ne vaut pas le plaisir de voir ses amis [et je] ne [me] console pas d’être séparé d’eux. [Votre] bonne amitié, mon cher Dorcy, m’est précieuse, trouvez bon que je me rappelle à vous et que je cherche à l’entretenir. Je vous traiterai charitablement, vous n’aimeriez pas les longues lettres, aussi n’est-ce qu’un seul mot pour vous souhaiter un bonjour, pour contenter aussi mon cœur qui avait pris la douce habitude de vous voir tous les jours et qui se trouve bien privé. L’espoir de vous voir bientôt me rejoindre me fait patienter un peu et m’empêche de jeter les hauts cris, ne point voir est une véritable privation que je désire que vous éprouviez de même. Vous m’avez donné de bons témoignages, soyez bien sûr que j’y suis bien sensible et que je ne les oublierai pas. Je voudrais vous en remercier, mais cela ne se fait pas. On ne peut pas dire, je vous remercie de m’aimer, ce serait gauche ; mais on peut en être touché et bien pénétré, et ce sont les sentiments de votre ami. Théodore Géricault Embrassez pour moi tous ceux qui se disent mes amis et tâchez de les consoler s’ils éprouvent quelque peine. Je suis si heureux qu’on m’aime que je voudrais pouvoir tout faire pour que l’on m’aimât encore davantage. Paulin Guérin m’a témoigné de l’intérêt et […] m’aime bien sincèrement ce sont ceux que je vous prie de voir particulièrement. Si vous voyez aussi Mr Guérin il me serait agréable d’être rappelé par vous à son souvenir. Je ne profiterai de la [libéralité ?] qu’il m’a accordée de lui écrire que lorsque j’aurai mis le pied sur la terre sacrée, ce serait abuser de sa bonté que de l’entretenir de la Bourgogne, de la Suisse et de ma santé. Ce sont des sujets qu’on traite entre amis sans cérémonies, je veux avec mon maître parler plus noblement, lui parler des Romains et non de moi, et lui présenter enfin un style et des récits qui soient dignes de l’intéresser, le cœur d’un ami est moins délicat que l’esprit d’un maître. Pardon si je vous traite si cavalièrement. » Adresse : « Monsieur / Monsieur Dorcy Dedreux / rue Taitbout n° 9 / à Paris ». Très habile restauration d’un trou (bris de cachet) qui affectait quelques lettres, mais pas la signature.